Sumba fait partie des Petites Îles de la Sonde et couvre une surface d’environ 11 000 km², soit à peu près deux fois la taille de Bali. Avec ses quelques 715 000 habitants (2017), Sumba ne représente grosso modo qu’un sixième de la population de Bali. Bien que Sumba se situe à moins de 100 km de la côte sud de Sumbawa et Florès, d’où on peut l’apercevoir, elle en est très différente.

Contrastant avec les hauts volcans qui parsèment beaucoup d’autres îles indonésiennes, la topographie y est plutôt vallonnée, culminant à 1 225 m. D’un point de vue géologique, Sumba est un microcontinent qui s’est détaché de l’Afrique ou de l’Australie et a flotté jusqu’au bord de la chaîne volcanique des îles indonésiennes. Sumba est composée principalement de calcaire corallien et on ne trouve de roches volcaniques que sur sa côte sud. L’île n’a pas vraiment de ressources minérales, mais des forages dans le Parc National de Wanggameti ont permis de découvrir de l’or en 2010.

On n’y trouve pas de verdure luxuriante. Le nord et l’est de l’île sont très arides et le paysage n’est pas sans rappeler la savane. Dans les espaces découverts, les intempéries et le vent ont en partie dénudé la roche déchiquetée. Dans la région montagneuse du centre, les collines sont recouvertes d’herbe alang-alang. Au sud et à l’ouest, il y a de la verdure, mais on ne trouve réellement de végétation tropicale humide que dans les vallées et sur le versant sud des montagnes. Environ 7 % de la surface de Sumba est recouverte de forêt primaire.

Climat

Le climat de Sumba est semi-aride. L’est de l’île en particulier est caractérisé par son climat nord-australien chaud. La saison sèche dure de mai à octobre. De novembre à avril, il peut y avoir de la pluie. La mousson ou saison des pluies dure environ 3 mois à l’est à jusqu’à 5 mois à l’ouest. Les précipitations varient de 800-1 000 mm par an dans le nord-est de l’île, à 100-1 500 mm au centre et jusqu’à 1 500-2 000 mm dans le sud-ouest.

Dans la partie est de Sumba, la température est comprise entre 27 et 36° Celsius. À l’ouest, la moyenne est de 2 à 3 degrés inférieure. La température de nuit est bien plus basse qu’à Bali. De juillet à septembre, elle peut descendre jusqu’à 15°C. Les températures les plus hautes sont atteintes juste avant les premières pluies d’octobre ou de novembre.

Ces derniers temps, la mousson a beaucoup changé. Il semblerait que ce soit à cause du phénomène El Niño, pendant lequel la région connaît des périodes d’extrême sécheresse, suivies ensuite de pluies diluviennes. Les rivières du sud sortent de leur cours à cause des crues qui détruisent les champs et les ponts. Récemment, des pénuries d’eau ont forcé la population du nord-est de Sumba à abandonner certains villages, traditionnels ou plus récents. Dans cette région, les habitants dépendent de l’aide internationale en permanence.

La meilleure période pour voyager pour les amateurs de nature est d’avril à juillet, après la mousson, lorsqu’il ne pleut plus et que le paysage est encore vert. Au sud-ouest de l’île, la période allant d’octobre à mi-novembre est une autre possibilité, quand la nature reverdit un peu grâce aux pluies éparses. Si vous prévoyez de voyager sur le très long terme, je vous conseille d’éviter les années qui connaissent un effet El Niño.

La saison de surf va de mai à septembre, comme dans le reste de l’Indonésie. Les vagues de certaines plages de la côte sud sont trop hautes pour nager de juillet à septembre.

À cause de la spécificité du climat, l’eau est un élément très important pour les habitants de Sumba. Si vous lisez des brochures de voyage des autorités locales de Sumba, mieux vaut les prendre avec des pincettes quand on vous y parle de grands lacs et de grosses cascades.

Agriculture

L’agriculture traditionnelle
Malgré l’assez faible densité de la population, les Sumbanais ne peuvent aujourd’hui vivre que partiellement de leurs propres cultures. Dans les régions arides du nord-est et sur les hautes pleines, on ne peut rien cultiver. On ne trouve que de petites zones agricoles dans les vallées et le long des rivières. Le seul bétail se compose de poneys de Sumba et, surtout, de vaches brahmanes indiennes.

Les produits agricoles des autres régions de Sumba sont, par ordre alphabétique : l’areca (noix de bétel), les cacahuètes, le cacao, le café robusta (dans les plaines), la canne à sucre, le cassava (manioc, singkong, ubi kayu), les clous de girofles, le jarak (huile de jatropha), le kapok, le maïs, les noisettes, les noix de cajous, les noix de cocos, les patates douces, le riz, le soja, le sorghum (millet), et la vanille. Outre les poneys de Sumba et les buffles d’eau, on trouve principalement des vaches brahmanes indiennes, des chèvres, des cochons et de la volaille.

Les techniques agricoles sont traditionnelles. Une grande partie du travail est faite à bras d’homme ou à l’aide de poneys de Sumba et de buffles. Les autorités régionales veulent réduire les sacrifices rituels d’animaux, en particulier les sacrifices de buffles, car il y a un besoin urgent de ces animaux pour labourer les champs. En 1987, elles ont passé un décret qui interdit de sacrifier plus de cinq animaux à la fois. Récemment, la région du Sumba occidental a décidé d’autoriser le sacrifice de trois animaux maximum par célébration, mais les exceptions sont nombreuses.

Tout le long des côtes de Sumba, la pêche est plus ou moins intensive. De nos jours, les pêcheurs sont majoritairement des immigrés venus de Sumbawa, Ujung Padang (Makassar), Lombok et Savu. Les pêcheurs des îles voisines qui ne viennent là que pour pêcher dans les eaux sumbanaises ne sont souvent pas les bienvenus. La rumeur veut qu’ils pêchent à la dynamite et au cyanure. Les meilleures périodes pour la pêche sont pendant la mousson en début d’année et en juillet-août.

Les algues (rumput laut) sont cultivées dans toutes les eaux calmes et peu profondes de l’est de Sumba. Pour ce faire, on fixe des pousses d’algues sur des cordes que l’on attache ensuite sous l’eau avec une ancre ou qui pendent entre des bouteilles plastiques flottant à la surface de l’eau. La récolte se fait plusieurs fois par an. Une fois arrivée à maturité, on en tire l’agar-agar ou bien on s’en sert pour nourrir les animaux ou comme engrais naturel. Cette activité économique a considérablement augmenté récemment, ce qui a malheureusement un impact écologique négatif sur les zones d’eau peu profonde: l’eau se trouble et les poissons perdent leur habitat. La pêche n’est donc devenue qu’une pratique secondaire dans ces régions, quand elle n’a pas complètement disparu. Les recettes encourues par la vente d’algues sont aussi meilleures que celle de l’agriculture. En conséquence, les terres agricoles sont délaissées en faveur des monocultures d’algues et les habitants migrent vers les côtes, où il n’y a pas encore d’infrastructures ou d’écoles quand ils s’installent. En 2015, l’El Niño a temporairement freiné cette activité en causant une baisse des récoltes d’algue.

Les Sumbanais produisent aussi du sel à partir des sables salés des lagons, à l’aide de bois flotté.

Les organismes d’aide internationale tentent de convaincre les Sumbanais d’utiliser de nouvelles méthodes agricoles et de diversifier le fourrage et les cultures. Mais ces tentatives n’obtiendront pas de soutien de l’État tant qu’elles ne généreront pas de profits pour les autorités gouvernementales indonésiennes. S’ajoutent les échecs fréquents de grands projets complexes d’irrigation, à cause de la structure du système de propriété et de l’égoïsme local.

L’agriculture industrielle
À l’ouest de l’île, dans les districts de Wewewa Selatan et Kodi Bangedo, la culture du cassava recouvre de très larges surfaces de terre. C’est une plante qui s’accorde bien des pluies naturelles.

À l’est de l’île, la culture de la canne à sucre fait ses débuts grâce à l’irrigation artificielle. Au niveau gouvernemental, le projet est de rendre l’Indonésie autosuffisante en sucre. Les investisseurs étrangers ont reçus les titres de propriété foncière nécessaires. Il y a 6 régions dédiées à la canne à sucre au Sumba oriental. En arrivant par avion à Waingapu, on peut clairement distinguer deux d’entre elles : au nord, Napu, et au sud, Wanga. Pour aplanir les terres vouées aux plantations de canne à sucre, on rase les collines et on comble les vallées. On construit d’immenses réservoirs, scellés par un film plastique. L’eau est tirée des rivières ou pompée dans de profonds puits. Cela peut se justifier tant qu’il n’y pas d’autres cultures en opération. Les droits d’accès à l’eau n’ont pas été négociés avec les investisseurs étrangers. Dans certaines régions où la canne à sucre est en concurrence avec d’autres systèmes agricoles, lorsqu’une culture utilise de l’eau, c’est au détriment des autres. Bien souvent, la quantité d’eau ne suffit pas à la fois aux besoins de l’agriculture conventionnelle et à ceux des nouveaux projets. Les agriculteurs locaux commencent déjà à manifester dans les régions affectées.

Là où la quantité d’eau ne suffit pas aux besoin des plantations sucrières, on plante du jatropha (ou jarak), un arbuste utilisé dans la production de biocarburants. Des projets de ce genre sont aussi prévus au Sumba oriental et à l’ouest de Mamboro.

Population

Du fait des opportunités de revenu liées à l’agriculture, la partie occidentale de l’île est plus peuplée que la partie est. À Sumba, la plupart des habitants descendent d’ancêtres malais et de mélanésiens. Les zones sud-est de l’île ont aussi accueilli des immigrés du Timor et de Savu, et des musulmans venus de Sumbawa, d’Ujung Padang (Makassar) et même d’Arabie (Palestine) se sont installés sur les côtes nord-ouest. L’occupation coloniale, portugaise en particulier, a aussi laissé des traces. Le Sumbanais en tant que tel n’existe pas en apparence.

Les Savunais, de l’île de Savu, sont le groupe ethnique non sumbanais le plus large et le plus influent. Ils cherchent à obtenir plus d’autonomie et leur propre district administratif au Sumba oriental, avec Melolo pour capitale.

Du fait de l’œuvre missionnaire du Portugal, des Pays-Bas et de l’Allemagne, environ 64 % de la population est chrétienne (dont 3/4 de protestants et 1/4 de catholiques), 6 % sont musulmans et 30 % pratiquent principalement la religion traditionnelle marapu (mais les statistiques varient très largement). L’œuvre missionnaire des rédemptoristes allemands et de l’Église néerlandaise se poursuit de nos jours. Les Sumbanais critiquent souvent ouvertement les autres peuples et religions.

Les enfants constituent à peu près la moitié de la population. Le taux de naissance à Sumba augmente constamment. La plupart des familles ont huit à dix enfants. « Beaucoup d’enfants, c’est autant de bénédictions » : une expression qui semble se confirmer car les enfants sont d’une grande aide à leurs parents, généralement en travaillant dans les champs et en allant chercher de l’eau. À l’âge adulte, les filles reçoivent une dot : buffles, poneys, vaches.

Il y a aussi des projets de transmigration (Transmigrasi) et de développement local (Area Development Programs) à Sumba. Partout de nouveaux villages sont en construction. Une partie de ces villages sont construits dans des régions inhabitées, constitués de quelques centaines de maisons alignées, d’une école et d’une nouvelle route. Mais d’autres naissent aussi au sein ou autour de villages existants. Les nouveaux arrivants viennent principalement de Sumatra, Java, Sumbawa et du Timor. Bien souvent, la religion et le mode de vie des immigrants sont différents de ceux des habitants établis, et les problèmes d’adaptation sont inévitables. Ces villages dans le nord et le nord-est arides laissent souvent une impression de pauvreté et de désespoir. Nombre d’entre eux ont été complètement abandonnés (Lenang, Waiurang). Dans le sud de l’île, l’intégration économique et sociale des nouvelles populations semble plus réussie. En tout cas, jusqu’à 90 % des fermes des nouveaux villages sont en opération au bout d’une période de dix ans (comme je l’ai constaté dans les villages de Kuruwaki et Lailiang).

L’Australie a mis en place une politique d’immigration et d’accueil des réfugiés très restrictive en 2014. Les boat-people en chemin vers l’Australie sont interceptés et expulsés par la Marine australienne. Les réfugiés viennent de pays entiers asiatiques et arabes. Sumba sert d’escale à de nombreux migrants. Avec l’aide financière de l’Australie, le gouvernement du NTT (les Petites Îles de la Sonde orientales, Nusa Tenggara Timur en indonésien) projette de construire un camp d’internement ou de concentration à Sumba, dans la région de Gaura. Apparemment, le terrain a déjà été acheté. Avec le changement de gouvernement en Australie, il est possible que ce projet ne soit pas mené à bout.

Politique

Sumba est divisée en quatre districts administratifs. Outre le Sumba oriental, il y avait à l’origine l’ancien district du Sumba occidental, qui a été divisé en trois districts distincts en 2006 : Sumba occidental, Sumba central et Sumba du Sud-Ouest. Ces deux derniers sont en train d’ériger des centres administratifs monstrueux, qui rappellent le socialisme, sur les terres planes. Au Sumba oriental, central et occidental, on construit de nouveaux ports qui, d’un point de vue technique, ne pourront jamais être opérationnels ou ne sont pas rentables économiquement. Mais c’est clairement important pour leur identité.

Les programmes des quatre districts administratifs de Sumba se ressemblent. Voici quelques uns de leurs objectifs politiques :

- développer la société en une communauté moderne
- subvenir aux besoins élémentaires
- produire et commercialiser des produits pour renforcer l’économie
- améliorer le système de santé pour tous les niveaux de la société
- améliorer l’enseignement publique et le système éducatif
- réduire la mortalité maternelle et infantile
- améliorer la situation nutritionnelle
- développer l’économie
- améliorer les infrastructures
- développer le secteur du tourisme comme modèle pour les autres secteurs
- développer les partenariats entre les institutions religieuses et les autres institutions sociales
- promouvoir la coopération avec les ONG (Organisations non gouvernementales)
- promouvoir une transparence verticale du gouvernement mutuellement acceptable
- renforcer l’État de droit et un maintien de l’ordre public strict
- préserver les ressources naturelles pour qu’elles profitent au maximum à la population

Enfin, les programmes exigent une administration plus compétente, plus transparente, et moins corrompue. Les Sumbanais disent souvent que leur île a le plus haut niveau de corruption de toute l’Indonésie.

Souvent les décisions sont fondées sur le modèle de Bali, surtout en ce qui concerne l’économie. Il ne semble pas y avoir de ligne directrice distincte, propre à Sumba, dans la politique locale. L’argent semble être le seul moteur d’action.

Un exemple qui montre que l’île est en passe d’être vendue est la vente non régulée voire subventionnée de terres à de non Sumbanais. En espérant que cela ne résulte pas en la disparition de la culture si spécifique de l’île.

Langue

L’isolation prolongée de nombreuses parties de l’île et l’économie de subsistance ont donné naissance à une grande diversité culturelle et linguistique au sein de la population sumbanaise. Dans les années 50, l’administration indonésienne considérait les langues locales comme des langues féodales et le bahasa Indonesia comme la langue de la nouvelle démocratie. Cela eut peut d’effet : dans les campagnes en tout cas, les Sumbanais se parlent dans leur langue régionale. Même à l’extrême opposé, à la radio locale du NTT, on entend de plus en plus de chansons en langues régionales.

En plus de la langue nationale, le bahasa Indonesia, on compte six langues régionales à Sumba, désignées sous le nom commun de bahasa Daerah ou bahasa Sumba. Au Sumba occidental, elles sont toutes très distinctes. Au Sumba oriental, il n’y a qu’une seule langue, mais déclinée en de nombreux dialectes locaux. Il n’existe de dictionnaire pour aucune des langues locales, qui sont transmises verbalement. Certaines, comme à Wanokaka et Lamboya, sont parlées par moins de 50 000 personnes.

Quelques mots sont communs à toutes ces langues: eau = wai ou wee, homme = umbu et femme = rambu.

En plus des langues locales s’ajoutent les langues des immigrants (voir plus haut). Ainsi, dans les zones côtières, les habitants parlent leur propre langue entre eux, le bahasa Daerah local avec les villages voisins et le bahasa Indonesia avec l’administration. La communauté majoritaire du lieu détermine la langue commune. Beaucoup d’enfants ne commencent à apprendre le bahasa Indonesia qu’à l’école… et souvent ils parlent mieux l’indonésien que leurs parents.

De temps en temps, il y a d’énormes conflits entre les villages, surtout à l’ouest de l’île. Ceci s’explique parfois simplement par les différences linguistiques : ils n’arrivent pas à se comprendre !

L’anglais n’est utile que dans les villes. Si vous ne parlez pas le bahasa Indonesia, vous aurez des problèmes de compréhension dans le centre de l’île. Même en parlant indonésien, vous aurez peut-être des difficultés à l’intérieur des terres. Par contre, si quelqu’un parle un peu anglais, il fera tout pour vous parler.

Voir aussi quelques remarques dans le chapitre S’orienter à Sumba.

Santé

Dans la plupart des régions de Sumba et hors des trois grandes villes, les gens vivent sans accès à l’eau potable. L’eau est souvent pompée directement dans les rivières, puis distribuée et vendue par des camions citerne. Les puits sont rares et souvent difficiles à construire car le sol est argileux. De nombreux villages n’ont pas de toilettes du tout.

L’exemple suivant illustre bien l’attitude de la population envers les problèmes de santé : les moustiquaires fournies par l’ONU sont souvent utilisées comme filets de pêche ou pour protéger les plantes des oiseaux ou de la volaille.

Dans les campagnes, de nombreux centres de santé publics (PUSKESMAS) n’ont parfois même pas d’employés, ou seulement quelques uns. Certaines zones ne sont desservies que par une unité de soins mobile dont la présence est intermittente (PUSKESMAS-Keliling). La malnutrition est largement répandue. Le taux de mortalité infantile est l’un des plus élevés au monde. Et il est difficile d’obtenir des médicaments.

Les ressources de Sumba sont limitées. Quand les récoltes sont mauvaises, les familles les plus pauvres n’ont pas de quoi manger. Ces dernières années, le gouvernement central a dû mettre fin à l’approvisionnement de secours destiné à pallier aux récoltes déficitaires à cause de la crise économique. Néanmoins, de nombreux villages reçoivent en permanence des portions minimes de riz afin de survenir à leurs besoins élémentaires. Mais la livraison est souvent irrégulière et la distribution ne semble pas toujours équitable.

Une étude statistique de 2005 a recensé environ 38 docteurs, 84 infirmières et 133 sages-femmes pour 100 000 personnes à Sumba. En plus des professionnels de la médecine conventionnelle, on compte un grand nombre de shamans. Il y a dix-sept centres médicaux pour 100 000 personnes. D’après les statistiques, 30 % des patients sont traités pour des maladies infectieuses, 21 % pour la malaria, 13 % pour des blessures corporelles, 10 % pour des maladies de la peau, 26 % pour d’autres maladies.

Les effets de la faim sont visibles partout. Dans tous les villages, on voit des enfants qui ne peuvent pas lever la tête à l’âge d’un an, des enfants de dix ans qui ont la taille d’un enfant de six ans et de nombreux enfants présentant divers symptômes de malnutrition (source : Sumba Foundation).

Les Sumbanais qui travaillent à Bali ne ramènent pas seulement de l’argent, mais aussi le VIH. Un problème rendu visible ces derniers temps par une campagne affichée sur les panneaux publicitaires.

Le mode de vie traditionnel isolé, où chaque clan vit dans son propre village et se mélange rarement aux habitants des villages voisins, pose certaines difficultés. La consanguinité est un problème connu et visible.

Éducation

Sumba fait partie des régions qui sont laissées un peu à l’abandon, à cause de sa distance avec la capitale, son modeste nombre d’habitants, et sa faible densité de population. À Sumba, seuls un peu plus de la moitié des enfants commencent l’école. Parmi eux, 50 % seulement réussissent à finir leur éducation élémentaire. Dès qu’un enfant peut contribuer au revenu de ses parents, l’école passe au second plan. Un nombre important d’enfants particulièrement forts physiquement et qui ont de bonnes compétences pratiques doivent rester au village pour aider leurs parents à la maison et dans les champs. Il n’y pas d’argent pour l’éducation. Et l’école se trouve souvent à plus d’une heure de trajet.

Au secondaire, on enseigne beaucoup de connaissances pratiques, tels que des savoir-faire techniques, biologiques et médicaux utiles à la vie du village. L’implantation des écoles secondaires dépend de la densité de population et de la demande : elles sont donc rares et se trouvent souvent très loin des villages des enfants, qui ne peuvent donc pas rentrer chez eux tous les jours.

Les lycées n’existent que dans les villes. Le cursus y est excellent, mais seuls les enfants qui ont de la famille en ville pour les héberger peuvent se permettre une telle éducation.

Sans éducation scolaire et sans bonne connaissance de l’indonésien, les enfants ont moins de chance d’avoir un bon avenir. Tous les enfants d’une même famille n’héritent pas des terres de leur père. Les enfants sans terre et sans éducation se retrouvent généralement sans emploi.

Emploi

Sumba est l’une des cinq provinces les plus pauvres des 30 provinces d’Indonésie. Une large portion de la population vit d’agriculture vivrière. Les habitants dépendent des ressources naturelles de l’île et n’ont que de rares opportunités de vendre leur surproduction sur les marchés. Les données officielles sur le taux de pauvreté ne nous disent pas grand chose (elles varient de 28 à 85%).

Pour la majorité de la population, il n’y a aucune opportunité de développement économique hors du village à cause du manque d’emploi dans les territoires intérieurs. Pour ceux qui ne peuvent pas trouver de travail à Sumba, Bali représente un premier espoir et la Malaisie un paradis convoité pour ses niveaux de salaire plus élevés et sa forte proximité linguistique (bahasa Melayu).

Les hommes ne sont pas les seuls à pouvoir trouver du travail hors de Sumba. Quantitativement, il y a une grande proportion de femmes qui travaillent comme femmes de chambre, principalement en Malaisie. Le fait que des femmes travaillent et subviennent aux besoins de leurs maris et de leurs familles et ce que c’est vraiment que de travailler à l’étranger, sont des sujets controversés (voir les problèmes causés par le VIH au chapitre Santé.

Ces derniers temps, il y a eu des cas de mineurs vendus en Malaisie par des agences d’emploi. Ils se servaient des cartes d’identité de leurs frères, sœurs ou cousins plus âgés comme preuve de leur âge.

Écologie

J’évoque les sujets environnementaux, lorsqu’ils sont pertinents, sur différentes pages de ce site. Je suis conscient que les questions écologiques qui suivent sont sans doute secondaires par rapport aux problèmes que les habitants de Sumba rencontrent actuellement.

En s’appuyant sur la faune et la flore de Sumba, WWF (World Wildlife Fund) classe l’île comme une écorégion de forêt décidue. On y trouve un mélange de plantes et d’animaux d’origines asiatiques, australiennes et océaniques. À l’origine, la partie nord de l’île était une forêt tropicale décidue, alors que le sud était une forêt équatoriale sempervirente qui n’avait pas de saison sèche distincte. La forêt au nord a été presque complètement abattue. Celle du sud est partiellement préservée, par exemple dans les régions montagneuses de Jawila, Tanah Daru et Wanggameti.

Il y a plusieurs mammifères sur Sumba, mais l’île est surtout très riche en oiseaux, dont on compte sept espèces endémiques. On y trouve quelques autres oiseaux qui n’existent qu’à Sumba et sur des îles voisines. Parmi les espèces endémiques, quatre sont menacées : le ptilope à nuque rouge, le turnix de Sumba, le cacatoès soufré et le calao de Sumba. Vivent aussi sur l’île d’autres oiseaux typiques des tropiques, en particulier dans les forêts du sud. Dans les montagnes et sur les côtes, on trouve beaucoup d’aigles, de pélicans, et d’oiseaux migrateurs venus d’Australie.

Pendant la saison sèche, les plaines et les méandres des rivières coulant vers le sud et les forêts protégées du sud forment une vaste réserve d’eau. L’essor de la population et l’expansion des aires cultivées, et donc l’augmentation de la consommation en eau et la déforestation qui s’ensuivent, posent un risque majeur pour la vie animale et végétale de l’île. On continue pourtant d’abattre les forêts, bien que le gouvernement l’ait légalement interdit, de même que la loi stipule que le bois de construction doit être importé d’autres îles.

Le sol de Sumba se compose principalement de calcaire poreux et l’eau filtre dès que la couche d’humus est trop fine. Il faut donc adapter les programmes d’irrigation en conséquence, afin de préserver les nappes phréatiques.

L’augmentation massive de la production d’algue à agar-agar en eaux peu profondes y a chassé le reste de la faune et de la flore.

Afin de protéger la nature de l’île, les autorités ont désigné deux parcs nationaux en 1998 : le Parc national de Laiwangi Wanggameti et le Parc national de Manupeu Tanah Daru. Soyez bien conscients qu’on ne sera pas au petits soins pour vous dans ces parcs comme dans ceux d’Amérique du Nord. À Laiwangi Wanggameti en particulier, il n’y absolument aucune infrastructure. En plus de ces deux parcs, on trouve de nombreuses réserves naturelles.

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